Archives de catégorie : Coups de coeur

LE CHARDONNERET

DONNA TARTT

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La vie de Théo, jeune new-yorkais de 13 ans, bascule le jour où une explosion ravage le musée dans lequel il se trouve en compagnie de sa mère. Il n’a que le temps de ramasser le tableau qu’ils admiraient quelques minutes auparavant et de s’extraire des décombres avant que ne retentisse une seconde explosion. Le Chardonneret est réellement l’un des rares tableaux du peintre Fabritius à n’avoir pas été détruit en 1654 dans l’explosion de la poudrière de Delft. Fabritius, élève de Rembrandt, figurait parmi la centaine de victimes.

Théo, victime de stress post-traumatique, mène ensuite une existence dissolue entre New York, Las Vegas et Amsterdam, naviguant entre le milieu de la drogue et le marché de l’art. Son seul point de repère dans l’existence est ce tableau auquel sa vie est désormais liée et qui montre un chardonneret enchaîné à son perchoir, incarnation du destin.

Ce roman passionnant de 800 pages, riche en drames et en rebondissements aussi bien qu’en interrogations sur le bien et le mal et sur le sens de la vie, nous invite à une plongée vertigineuse dans le chagrin et dans la peur. Avec son écriture parfaitement maîtrisée, Donna Tartt nous tient en haleine jusqu’au dénouement.

Ceux qui ont aimé Le Maître des Illusions dévoreront d’une traite ce 3e roman auquel l’américaine Donna Tartt a consacré dix ans de sa vie et qui vient de recevoir le prestigieux prix Pulitzer.

TEMPETE

JMG LE CLEZIO

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Vous avez aimé Le Chercheur d’or ? Désert ?

Retrouvez l’univers poétique à l’écoute du monde de JMG LeClézio. Il nous offre deux novellas où l’on retrouve les thèmes qui lui sont chers : la mer, les îles, l’Afrique, l’errance, les femmes, ici deux adolescentes, June et Rachel, en quête d’identité.

Tempête a pour cadre l’île coréenne d’Udo dans la mer du Japon où les femmes de la mer plongent en apnée au  risque de leur vie pour pêcher des ormeaux. Monsieur Kyo, hanté par un viol auquel il a assisté sans intervenir, semble être revenu là pour mourir. Sa rencontre avec June, jeune adolescente sans père mais pleine de fraîcheur, de beauté  et de foi va lui redonner  goût à la vie.

Dans la deuxième nouvelle, Une femme sans identité, Rachel, déracinée de l’Afrique où elle est née, abandonnée par sa mère, va connaître l’errance dans la banlieue parisienne  avant de retrouver ses origines.

L’injustice faite aux femmes est l’un des thèmes majeurs de l’œuvre de Le Clézio. Dans ces deux récits les jeunes héroïnes  illustrent  la capacité des femmes à réinventer la vie.

La petite communiste qui ne souriait jamais

Lola Lafon

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Aux Jeux Olympiques de Montréal en 1976, une jeune gymnaste roumaine de 14 ans obtenait pour la première fois le 10 parfait, bloquant au passage le dispositif informatique d’affichage. Nadia Comaneci a fait à l’époque rêver le monde entier, mais qui était-elle ?

Lola Lafon nous raconte sous forme d’un dialogue fantasmé avec la gymnaste, son parcours surprenant jusqu’en 1989, à la veille de la chute de la dictature
Ceaucescu. Soumise à un régime alimentaire draconien, à une discipline rigoureuse, à des entrainements intenses, souffrant de blessures chroniques, sa vie était loin d’être un rêve.

L’auteur, qui a vécu elle aussi en Roumanie, réussit à travers ce roman biographique à tracer un portrait nuancé et vivant de cette personnalité restée insaisissable et au destin hors normes.

La lettre à Helga

Bergsveinn Birgisson

La lettre à Helga

Au soir de sa vie un vieil homme à la retraite écrit  « à sa belle », à celle qu’il a aimée passionnément. Un amour impossible car il n’a pas su renoncer, pour suivre Helga à Reykavik, à sa vie d’éleveur de brebis, aux grands espaces de la nature islandaise qu’il aime tout aussi passionnément et il a choisi de rester aux côtés de son épouse qui ne pouvait pas avoir d’enfant. Bjarni se souvient et se dévoile. Il clame son amour pour sa terre et ses bêtes, le souffle du vent sur la lande sauvage, l’odeur du foin, ses rencontres secrètes et sensuelles avec Helga.

Une étrange et belle confession qui nous trouble et nous enchante et qui se lit d’une traite. Une belle lecture pleine d’émotion, un hymne à la vie, un petit bijou.

La confrérie des moines volants

Metin Arditi

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En 1937, en Union Soviétique, les églises et les monastères sont pillés, les religieux exterminés par milliers .Un moine-ermite, Nikodime Kirilenko, recueille les fuyards rescapés dans la région du Lac Ladoga.  Il va fonder avec eux la  confrérie des moines volants  qui aura pour but de rassembler des icônes sacrées pour les préserver de la destruction en les « volant », d’où leur nom. Ils doivent mettre fin à leurs activités mais Nikodime, avec l’aide de l’attachante et troublante Irina, trouvera une cache pour mettre ses trésors à l’abri avant de se livrer aux autorités. Et puis, sans transition, l’histoire nous emmène  à Paris dans les années 2000 où triomphe un jeune photographe,  Mathias Marceau, qui découvrira son origine russe et ses liens avec Nikodime, ce qui l’entraînera à la recherche des icônes qui seront récupérées et exposées à St Petersbourg.

Nous retrouvons dans ce roman les thèmes chers à Metin Arditi : le poids du passé, les secrets et les non-dits, le péché, le pardon et l’art, sacré ou contemporain, comme rédemption.

Le quatrième mur

Sorj Chalandon

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 » C’est le roman qui m’a enfin permis de pleurer «  confie lors d’une interview S. Chalandon, cet ancien reporter de guerre à Libération.

Monter l’Antigone de Jean Anouilh dans la ville de Beyrouth des années 80 déchirée par la guerre civile, avec des comédiens venus de toutes les communautés du Liban, faire  taire les armes le temps d’une représentation unique, c’est le projet de Sam, juif exilé de la Grèce des colonels.

Tombé malade, Sam transmet ce projet  fou à son ami français Georges, le narrateur. Celui-ci part au Liban en 1982, avec la volonté de monter cette pièce.

L’ écriture sobre et puissante de S. Chalandon nous fait vivre la tension , l’horreur, l’absurdité de la guerre… Livre terrible et bouleversant, avec des pages très dures. Réflexion sur l’amitié, sur l’amour, sur l’engagement. Un livre inoubliable.

Une part de ciel

Claudie Gallay

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Carole revient à Vals, le hameau de son enfance, en ce début décembre. Elle y a été convoquée par Curtil, son père, pourtant toujours absent et en l’attendant elle vit et reprend contact avec Philippe et Gaby, ses frères et sœurs. Elle occupe un gîte, elle « travaille » en traduisant une biographie de l’artiste Christo et elle décrit au quotidien les amertumes de ce mois de Noël. Les petites douceurs aussi… C’est elle qui tient ce « journal d’une attente » pendant deux mois et demi d’hiver Isérois.

Trois ans après l’amour est une île, qui plongeait le lecteur dans la moiteur d’Avignon pendant le festival, changement radical de décor avec ce nouvel opus de Claudie Gallay Une part de Ciel. On dirait que les climats hostiles réussissent davantage à notre romancière et on retrouve ici ce qui nous avait plu dans les Déferlantes ( prix CBPT 2009 ) un style particulier mais extrêmement efficace à aller au plus près de l’intime, des personnages à l’image du style : abrupts, raides, qu’on ne doit pas chercher …, de vraies personnalités marquées, secouées par les éléments, les événements…

L’auteur réussit parfaitement à nous entraîner dans ce monde de neige et de brume où tels les herbages du printemps, les secrets et les non-dits sont enfouis. Et cela vaut vraiment le coup de comprendre enfin au dernier chapitre, le joli manteau rouge de la couverture…

Fugue polonaise

Beata de Robien

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Dans ce roman, B de Robien évoque la Pologne dans les années 60 et 70, c’est-à-dire sous le joug communiste.

Récit à la première personne de Bashia, adolescente intelligente et rebelle, qui tombe amoureuse d’un jeune et beau français communiste. Histoire d’amour mais surtout saga d’une famille et d’un pays.
La vie n’est pas facile : grand père déporté au goulag, queues interminables, locataires imposés, appartement communautaire, surveillance policière
incessante… Bashia rêve de s’extraire de ce carcan.

B. de Robien sait nous intéresser et nous émouvoir avec ce récit très réaliste et néanmoins plein d’humour. Un beau portrait d’adolescente.

 

Ainsi soit Olympe de Gouges

Benoite Groult

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La particule fait penser à une femme de la noblesse, une victime parmi d’autres de la Révolution de 1789 … Elle se nommait en réalité Marie Gouze, veuve Aubry, enfant naturelle, au départ presque illettrée. Certes elle n’est pas parfaite, il faut qu’elle brille, qu’on la remarque mais tout de même, quel courage d’avoir bravé Robespierre pour défendre ses idées ! Elle savait ce qu’elle risquait et elle a bravé les conventionnels au lieu de se sauver, elle sera emprisonnée et enfin guillotinée en 1793.

Telle est la femme que Benoîte Groult nous présente. Elle choisit donc de nous parler des idées novatrices d’Olympe de Gouges, pas seulement de sa déclaration des droits de la femme mais aussi de son souci de l’hygiène des hôpitaux, de foyers sociaux pour les travailleurs, du droit au divorce et de sa prise de position contre l’esclavage. Une femme moderne somme toute et dont on découvre avec intérêt les textes politiques dans la seconde moitié du livre, propositions audacieuses qui la conduiront à l’échafaud. Une phrase demeure qui la résume bien et qui rejoint le combat des femmes du XXIème siècle : « Les femmes ont le droit de monter à l’échafaud. Elles doivent avoir également le droit de monter à la tribune »

Arithmétique des dieux

Katrina Kalda

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Voici la chronique familiale de Kadri Raud , Estonienne de souche, parisienne d’adoption . Petite, elle suit sa mère qui s’exile en France, dans des conditions peu glorieuses, pour fuir les dures réalités du petit pays balte. 25 ans plus tard, elle se raconte… Et raconte aussi l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui font son ascendance. Petit à petit, nous découvrons les frères Raud et leur famille qui se débrouillent pour surnager au creux d’une Estonie bafouée d’abord par les nazis puis par le système soviétique.
Comme toujours, misère, tourmente, torture morale et psychologique sont au rendez-vous. Le lecteur en tiendra pour preuves les lettres écrites par Lisbeth, une amie de la famille, envoyées à Eda, la grand-mère de Kadri, de 1945 à 1947 et ce de Sibérie. Elles viennent régulièrement interrompre le fil narratif de la jeune femme et s’immisçant, sont porteuses d’un secret familial.

Dans un français impeccable, par le biais d’une famille inventée ou pas, l’auteur de ce roman nous entraîne de plein fouet dans les années noires de l’après guerre, celles des purges soviétiques. Difficile de ne pas se passionner pour le sort des estoniens, si palpables ici, si présents, si vibrants et si misérables dont 25 % fut exterminé entre 39 et 51. Ce roman, le second de Katrina Kalda ne peut que vous plaire tant par l’éclairage sur l’histoire du pays que par la sensibilité de ses personnages.