Archives de catégorie : Coups de coeur

LE LECTEUR DE CADAVRES

Paru en 2014, traduit de l’espagnol, ce pavé de plus de 750 pages, à la fois biographie, récit historique,  roman policier,  va vous tenir en haleine.

Inspiré d’un fait réel, ce récit nous entraine dans la Chine impériale du 13ème siècle.C’est l’histoire de Ci Song, jeune homme d’origine modeste qui perd ses parents, et doit fuir son village avec sa petite soeur malade. Il sera confronté à de nombreuses difficultés et de nombreux cadavres! D’abord fossoyeur, il sera accepté à la prestigieuse Académie Ming grâce à son formidable talent pour expliquer les causes d’un décès et il deviendra le premier médecin légiste de tous les temps.

Aventure, suspens, documentation, émotion, action, dépaysement, vous trouverez tout cela dans ce best-seller richement documenté et vous passerez un bon moment de lecture.

L’AMI

Habiter une maison isolée, se lever un matin, à l’heure où « l’aube point, les feuilles de chênes frémissent » ….. et, en ouvrant la porte, se trouver devant une scène de guerre, le jardin de vos amis et voisins, Guy et Chantal, envahi de voitures de gendarmerie et le GIGN qui se déploie ….

Dans la vie de Thierry et son épouse Elisabeth cet évènement est une déflagration. Pendant vingt-quatre heures ils resteront cloîtrés chez eux avant d’apprendre que leur ami Guy est un tueur en série de jeunes filles. Comment est-ce possible ? pourquoi n’ont-ils rien vu, rien compris ?

Partant de ce fait divers somme toute banal, les voisins, c’est bien connu, n’ont rien entendu, l’auteure va brosser un portrait d’homme qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Plongé au cœur de cette barbarie, Thierry voit sa vie se craqueler. Pendant quatre ans il a partagé avec Guy sa passion des insectes, des plantes, du bricolage sans se douter de rien. Thierry est un ouvrier sans histoires. Il répare des machines à l’usine. Amoureux fou de sa femme, de son fils Marc parti au Vietnam, il n’a jamais su exprimer ses émotions, ses sentiments. Il devra tout remettre en cause pour trouver un chemin vers la résilience.

Tiffany Tavernier trace là,  d’une écriture sensible et poétique, un très beau portrait d’homme et son désarroi face à la trahison. Un roman captivant où se déploie tout son talent de scénariste.

Ce qu’il faut de nuit

Ce premier roman — prix Fémina des lycéens 2020 — est une histoire d’amour entre un père et ses fils, amour difficile et contrarié.
Le père  — qui est aussi le narrateur — travaille à la SNCF et milite au parti socialiste. Il a deux fils : Fus, passionné de foot, et Gilou, le petit frère scolairement brillant. Leur maman est morte au début de leur adolescence.

L’histoire se passe en Lorraine.  La trajectoire de la famille rejoint la trajectoire de cette région traversée de contradictions, déconsidérée et désindustrialisée mais qui se prend en mains
Le père pense avoir « tout bien fait » dans l’éducation de ses fils, surtout depuis le décès de la mère. Pour autant, les choses le dépassent et il est sidéré d’apprendre que Fus fréquente la jeunesse frontiste puis qu’il se trouve au cœur d’un événement tragique.

Un père peut-il être déçu par son enfant ? La vie peut-elle basculer à une minute près ? Il faudra de la nuit au père pour prendre conscience que, malgré tout, il ne pourra qu’aimer son fils.

La voix du père s’exprime avec le « parler lorrain », mais de façon épurée. C’est une langue de classe, sans surcharge ni caricature. L’auteur nous livre ici un premier  roman en clair-obscur, ultra sensible et bouleversant.

Miss Islande

Contrairement à ce que son titre semble annoncer, Miss Islande n’est pas un livre sur les concours de beauté, bien au contraire !
Nous sommes en Islande, dans les années soixante. Dans cette île  de feu et de glace, la très jolie Hekla, qui doit son prénom à un volcan, veut échapper au destin de ravissante « miss » que la société patriarcale voudrait lui imposer.
Ecrivaine et poétesse, elle quitte sa contrée natale pour prendre un chemin à contre-courant de celui auquel elle est prédestinée.

A travers Hekla, Jon John son ami homosexuel, et  Isey son amie embourbée dans la solitude des tâches ménagères et maternelles mais qui essaie de s’échapper, elle aussi par l’écriture secrète de son quotidien, l’auteure pose la question du droit à être soi-même, de l’ouverture à la différence, et de la liberté de faire ses propres choix. Racisme sexisme, homophobie, sont trois thèmes que le roman évoque avec pudeur.

L’une des beautés du roman d’Olafsdottir (auteure de « Rosa Candida ») est de dessiner  des portraits précis et délicats,  qui incarnent sans aucune lourdeur  les différents « possibles » d’une même aspiration.
L’Islande des années soixante est  aussi un personnage à part entière de ce roman. Elle nous est dessinée ici avec poésie dans une langue à la précision minérale.

Là où chantent les écrevisses

Les marais proches de la ville de Barkley Cove en Caroline du Nord abritent une population marginale et très pauvre venue y chercher refuge. Dans les années 50, c’est là que vit la famille de la jeune Kya, dans des conditions misérables.  Le père, alcoolique et violent tire quelques maigres revenus de la pêche.  La mère s’enfuit, suivie rapidement par les frères et sœurs. Kya, âgée de six ans, reste  seule avec son père. Puis le père disparaît à son tour, et Kia se retrouve livrée à elle-même. Elle devient la Fille du Marais, échappe aux autorités, vend sa pêche au village voisin, vit dans  le plus grand dénuement et la plus profonde solitude. Elle apprend à lire auprès du jeune Tate, découvre tour à tour la violence, les préjugés, l’amitié, la littérature, la poésie, l’amour, la science, la trahison, le meurtre et le procès …

Là où chantent les écrevisses est le premier roman de Delia Owens, une zoologue américaine. Elle écrivait jusque-là pour des revues scientifiques telles que Nature et African Journal of Ecology. Elle nous convie à une véritable immersion au sein de la faune et de la flore de ce grand marais américain, au fil de dépaysantes évocations d’un environnement à la beauté singulière. Cette osmose entre la jeune fille et la nature, entre le roman et l’essai de biologie font la grande force et la beauté de ce texte.

Marseille 73

Dans Marseille 73, passionnant polar, Dominique Manotti revient sur les agressions et les meurtres de Maghrébins qui ont eu lieu dans le sud de la France au début des années 1970. En 1972, les circulaires Marcellin-Fontanet imposent aux immigrés d’avoir un contrat de travail et un logement décent pour pouvoir rester légalement sur le territoire français. Cette volonté de réguler l’immigration s’explique par la fin des « trente glorieuses » et la hausse du chômage. C’est aussi le moment de la naissance du Front national. L’un des groupuscules à l’origine de ce parti, les néofascistes d’Ordre nouveau, lance à ce moment-là une campagne contre « l’immigration sauvage », avant d’être dissous à l’été 1973.

Dans ce contexte, on ne peut que déplorer le déclanchement d’une série d’attaques xénophobes.  En six mois plus de cinquante Maghrébins sont tués, dont une vingtaine à Marseille.
Un jeune d’origine algérienne a été tué en pleine rue, quelques heures après l’enterrement d’un traminot égorgé par un déséquilibré arabe. La justice et la police veulent étouffer l’affaire.
Théodore Daquin (le personnage fétiche de l’auteure) et ses hommes devront enquêter dans le milieu marseillais pour contourner l’influence des anciens combattants et sympathisants de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), parmi les forces de l’ordre.

Travail d’enquête, véritable travail d’historienne, l’auteure nous entraîne avec efficacité à travers ces mois terribles qui ensanglantèrent Marseille, la reconstitution historique est impressionnante, le polar efficace et sans pitié.

L’audacieux Monsieur Swift

Avec un sens aigu de l’humour noir, John Boyne nous embarque dans l’histoire incroyable de Maurice, beau jeune homme de 24 ans serveur à l’hôtel Savoy. Nous sommes à Berlin-Ouest à la veille de la chute du Mur. Maurice poursuit deux objectifs : avoir un enfant et, plus difficile, devenir écrivain. Il écrit bien mais il manque totalement d’imagination.

La solution lui vient le jour où il rencontre Ackerman, un vieil homme qui cache soigneusement son passé. Maurice saura le manipuler jusqu’à ce que Ackerman éprouve le besoin de soulager sa conscience. Désormais, Maurice tient sa méthode : arracher à chacun l’histoire de sa vie, l’écrire et la publier – bien entendu sans l’accord de ses victimes. Dash Hardy, un romancier américain homosexuel, puis Edith, jeune professeure et auteure prometteur, succéderont à Ackerman. Mais jusqu’où ira Maurice pour assouvir son ambition ?

Un thriller littéraire éblouissant, satire du monde de l’édition et dénonciation des dommages collatéraux causés par la célébrité.

LA SOCIETE DES BELLES PERSONNES

Histoire d’un déracinement, d’un exil forcé.

En 1952, Zohar Zohar doit fuir l’Egypte où les juifs ne sont plus en sécurité. (Nous avons déjà rencontré ce personnage dans “ Ce pays qui nous ressemble” roman paru en 2015 ). Il a maintenant 27 ans, et arrive en Italie complètement démuni, hanté par le passé et une  obsession de vengeance.

Comment vivre quand on a tout perdu?

En nous racontant son périple, Tobie Nathan nous offre une fresque historique, qui nous fait traverser l’histoire de l’Egypte à la sortie de la seconde guerre mondiale.  Il traduit également les tensions politiques de cette période agitée, où règne une atmosphère particulière marquée par des légendes, des mythes, des rituels, l’importance accordée aux esprits… L’Egypte est imprévisible.

L’auteur, lui-même exilé égyptien, montre ici un vrai talent de conteur

ARENE

Le premier roman de Négar Djavadi, « Désorientales », paru en 2016, avait connu un beau succès. Cette fresque racontait, sur trois générations, l’histoire d’une famille iranienne, son exil et son installation en France. Aujourd’hui, avec « Arène », elle nous offre un thriller urbain organisé comme une série Netflix et se déroulant dans les quartiers de l’est parisien.

Benjamin Grossman, le personnage principal, aujourd’hui directeur de fictions d’une plateforme américaine BeCurrent, se fait voler son téléphone portable. Ce fait divers banal va se transformer par un effet papillon en une tornade qui va tout embraser.

Entrent en scène autour de Benjamin hanté par son éventuelle culpabilité : le cadavre d’un adolescent, une femme flic d’origine maghrébine, une jeune fille qui filme la policière, l’image trafiquée qui est balancée à toute vitesse sur les réseaux sociaux, une candidate à la Mairie de Paris …

Dans ce roman choral, l’auteur porte un regard lucide sur notre monde moderne, sur la puissance des images et sur la fragilité de notre société. Une critique sociale bien réelle que nous suivons comme autant d’épisodes d’une série télévisée. Une peinture réaliste très réussie et au plus près de l’actualité.

 

RACHEL ET LES SIENS

Metin Arditi, avec son talent de conteur, nous entraîne au cœur des conflits du Moyen Orient. Rachel a douze ans et vit à Jaffa avec ses parents, des juifs palestiniens. Ils partagent leur maison avec des palestiniens chrétiens et leurs enfants grandissent comme frère et sœur jusqu’à l’arrivée d’une famille Ashkénaze qui va bouleverser cet équilibre. Cette arrivée en masse des juifs d’Europe de l’Est,  va tout remettre en question et les entrainer dans des conflits religieux et des guerres.

Rachel résistera aux épreuves qu’elle devra traverser grâce à son talent pour le théâtre qui lui permet d’exprimer ses convictions et ses espoirs de cohabitation entre arabes et juifs. Malgré une vie agitée d’amours et de deuils,  elle affrontera les années d’exil de Jaffa à Istanbul puis à Paris, toujours au service du théâtre et créera une œuvre bouleversante qui sera jouée sur de nombreuses scènes et même en Israël où elle est revenue à la fin de sa vie.

Une figure charismatique, une femme indomptable, une « femme forteresse ».