Archives de catégorie : Coups de coeur

DANS LES GEÔLES DE SIBERIE

En 2015, un matin, à Irkoutsk, près du lac Baïkal, un Français, directeur de l’Alliance Française : Yoann Barbereau est arrêté sans explication par des hommes cagoulés.Incarcéré dans les geôles de Sibérie, puis mis en résidence surveillée il s’évadera.

Retenu à l’ambassade de Moscou, il réussira à nouveau à s’évader.Ce récit incroyable se lit comme un roman d’aventures, témoignage sur la vie en prison mais aussi récit rocambolesque de ses évasions.

L’auteur assure n’avoir rien inventé.Il donne à voir une face bien sombre de la police et du système pénitentiaire russe et la faiblesse de la diplomatie française. A lire sans attendre

LES ALTRUISTES

Ce premier roman d’un jeune auteur américain de 28 ans combine la saga familiale et l’humour dans un genre qui fait penser à Philip Roth à ses débuts ou, dans le domaine cinématographique, à Woody Allen.

Les Alter — le père, la mère et leurs deux enfants — sont des universitaires juifs de la classe moyenne américaine. Le roman s’ouvre sur l’incendie de leur maison à St louis, alors qu’Ethan et Maggie sont adolescents.
Dès le second chapitre, les années ont passé. Francine, la mère, est morte, et chaque enfant fait son deuil à sa manière.

Les aller-retours entre le passé et le présent permette à l’auteur d’approfondir l’histoire de cette famille dysfonctionnelle et névrotique, et de croiser la jeunesse de ses héros. Ce procédé peut dérouter le lecteur si la lecture n’est pas continue.
Tous, à un moment de leur vie, ont fait preuve d’un certain altruisme, même si les qualifier d’altruistes est à prendre au second degré; ils sont humains, simplement….

Les avis sur cette comédie grinçante seront sûrement partagés. Pour ma part, ce premier roman m’a beaucoup amusée.

 

LA MER A L’ENVERS

 Rose, psychologue et thérapeute, et ses enfants Gabriel et Emma profitent d’une croisière qu’on leur a offert. Une nuit, entre l’Italie et la Lybie, l’immense paquebot croise la route d’un bateau de migrants et les accueille à bord. Rien ne prédestinait Rose à croiser la route de Younès mais, interpellée par la détresse de ces voyageurs, elle répond à la demande du garçon et lui offre le téléphone de son fils. C’est le début d’une relation aux conséquences imprévisibles.

Comme Younès, Rose est à la croisée des chemins. La vie parisienne ne convient plus à leur couple qui s’interroge et elle tente un nouveau départ en retournant dans une maison familiale à Clèves, au Pays Basque. Elle hésite à répondre aux appels de Younès mais finira par aller le chercher à Calais pour le ramener chez elle, le soigner et l’aider. « We can be heroes just for one day” dit la chanson. C’est en trouvant le courage de prendre le risque de l’accueil que Rose réussira sa reconstruction.

Marie Darieussecq nous offre là une comédie d’aujourd’hui, agréable à lire avec une écriture simple aux phrases courtes et percutantes. Le titre du livre joue sur les mots en opposant la mer qui rejette et la mère qui sauve. L’actualité qu’elle s’approprie nous interroge : saurions-nous être cette mère ?

 

 

 

NOUS AURONS ÉTÉ VIVANTS

Un arrêt de bus, une silhouette et le passé revient en boomerang. Comment peindre l’absence sans en connaître les causes ? Voilà sept ans que Lorette est partie en laissant Hannah au bord du gouffre. Laurence Tardieu nous décrit les affres de cette mère esseulée. Elle effleure ses sentiments, ses ressentis dans un style fluide qui rythme les non-dits, le temps qui passe et ne reviendra plus.

Dans la deuxième partie du roman, Hannah remonte le temps, celui de sa vie auprès de Lorette et de son mari. On découvre les failles d’une famille, ses secrets, ses ombres … En troisième partie, Hannah, en réconfortant son amie Lydie découvre que « toute vie humaine est en fin de compte l’accumulation des mêmes expériences de joies et de douleur ».

Le style de Laurence Tardieu, tout en douceur, dépasse la mélancolie. L’espoir renaît : Hannah a de nouveau envie de peindre, demain ce sera l’aurore.

LE CIEL PAR-DESSUS LE TOIT

 

Il était une fois un garçon que sa mère avait appelé Loup, pour la force, l’autorité … mais Loup est doux, un peu étrange même … et le voilà en prison. Il a conduit la voiture de sa mère et provoqué un carambolage sur l’autoroute. Il n’en pouvait plus, Loup, de ne pas voir sa sœur depuis dix ans, ce gâteau, ce couteau et l’absence ! Voilà pourquoi Loup a pris cette voiture, pour aller retrouver Paloma.

Loup est enfermé mais sa mère aussi est prisonnière de son histoire. Phénix s’appelait Eliette, une petite fille d’une beauté saisissante. Ses parents, sans penser à mal, l’ont adulée, parée, montrée à tous sans penser au danger. Après l’agression Eliette a mis le feu à la maison de ses parents et s’est appelée Phénix comme pour renaître de ses cendres Mais peut-on vivre en occultant son passé ?

Natacha Appanah remonte le fil du temps, celui des violences transmises en héritage et qui sont si difficiles à réparer. « Le ciel par-dessus le toit » c’est l’histoire d’une fêlure dans le cœur et le corps, d’un cercle qu’il faut briser. D’une écriture puissante et poétique l’auteure sonde l’âme de ses personnages et nous entraîne dans leurs sentiments les plus intimes.

Un roman que l’on lit d’une traite.

DE PIERRE ET D’OS

Lorsqu’une nuit la banquise se rompt, la jeune  Uqsuralik  est livrée à elle-même. Séparée de sa famille, seule avec  ses chiens, comment va t-elle survivre  dans l’espace Arctique ? Un récit d’aventure dans une nature sauvage, mais aussi un roman initiatique et un conte poétique.

Bérangère Cournut nous emmène dans le Grand Nord, au cœur de la culture Inuit, peuple de chasseurs nomades dont la culture très éloignée de la nôtre. Ils vivent dans un univers hostile, affrontant en permanence le froid, le vent, la neige. Ils n’ont que la chasse et la cueillette pour survivre.

L’auteur nous transporte dans un autre monde, monde de traditions ancestrales, de légendes mais aussi monde des esprits et du chamanisme.
Des chants inuits parsèment l’ouvrage, des photos le terminent.
Évasion garantie avec ce roman sobre, bien documenté et toujours à la lisière du fantastique.

OPUS 77

Dans une église genevoise, un dernier hommage va être rendu au chef de l’Orchestre de la Suisse romande. Sa fille Ariane Claessens, pianiste renommée, va assurer la partie musicale de l’hommage. Elle choisit de jouer le premier concerto pour violon de Chostakovitch, ravivant ainsi le souvenir de son frère, absent lors de ces obsèques : David Claessens, violoniste prometteur.

Dès ce premier chapitre, on est pris par cette histoire d’une famille de musiciens : le père chef d’orchestre, la mère soprano et leurs deux enfants nourris par la musique dès leur plus jeune âge.
Opus 77, ce premier concerto pour violon de Chostakovitch, est au centre de cette histoire racontée par Ariane, histoire où se jouent les passions ambivalentes des personnages avec, au premier plan, la tumultueuse relation père-fils.

On admire le talent de l’auteur qui sait ménager le suspense, qui nous parle de personnages complexes et attachants ; on admire aussi la sensibilité avec laquelle il nous parle de la vie des musiciens de renommée internationale, et de la musique.
Point n’est besoin d’être mélomane pour aimer Opus 77, même si l’auteur l’est très certainement.

 

LA FEMME AUX CHEVEUX ROUX

À l’approche de la cinquantaine, Cem  se remémore son adolescence perturbée par la disparition de son père alors qu’il n’était encore qu’un enfant. Obligé d’aider financièrement sa mère, il travaille un été pour financer son entrée à l’université. Ce travail consiste à être aide puisatier auprès de maître Mahmut, puisatier renommé. Une relation quasi filiale se développe entre Cem et son maitre dont il partage la vie jour et nuit dans la campagne proche d’Istanbul. Le jour, ils creusent ; la nuit, ils parlent et, avant de s’endormir, se racontent des histoires dont les plus marquantes sont des relations père fils. Ces histoires marquent tellement le jeune Cem que, devenu adulte, il va rechercher leurs sources dans de multiples livres.
Leurs soirées, ils les passent dans un petit village proche du chantier. C’est là que Cem va rencontrer une femme à la chevelure rousse, bien plus âgée que lui. Elle va être son initiatrice d’une nuit avant de disparaitre. Mais cet été se termine par une autre tragédie….

Roman riche à plusieurs niveaux de lecture,  superbement liés : relecture des mythes occidentaux et orientaux à la recherche du lien père-fils, roman d’apprentissage, tableau de la Turquie entre tradition et modernité, entre orient et occident.
C’est un grand roman, pas très long mais dense. On le facilement et il ne vous quitte pas une la lecture finie.

A LA LIGNE

Il s’agit d’un premier roman — magistral — sur un sujet à priori peu porteur : le travail a la chaîne ou plutôt, comme on dit maintenant, à la ligne.
Arrivé en bretagne pour y suivre sa femme, l’auteur-narrateur, éducateur spécialisé, ne trouve d’autre travail que celui d’intérimaire dans une usine. D’abord dans une usine de conserverie de poissons, puis dans un abattoir.
Jour après jour, le narrateur nous relate avec minutie les gestes répétitifs, le bruit, l’isolement, la souffrance du corps qu’on doit surmonter, la fatigue qui oblige chacun, à la pause, à se concentrer sur son café et sa cigarette.

Comment survivre dans un tel contexte ? En laissant vagabonder sa pensée au gré des associations qui vous viennent, en chantant, en évoquant des textes aimés ou des poèmes.
Et il y a surtout la femme aimée, le chien Pokpok et la fraternité ouvrière.

L’écriture de ce texte est pour beaucoup dans l’attrait qu’il exerce. Tour à tour distancié, coléreux, drôle, le texte en vers libres aère, en allant à la ligne à chaque phrase, ce qui serait autrement insupportable.

Une très belle réussite d’écriture.

Dans l’ombre du brasier

Paris, printemps 1871. Les troupes régulières — obéissant au gouvernement de Thiers, réfugié à Versailles depuis le début de l’insurrection populaire — mettent le siège devant la capitale avant de s’en emparer dans un bain de sang. C’est dans les dix derniers jours de cette utopie sociale que se déroule le roman, durant cette « semaine sanglante » de la Commune de Paris qui voit s’opposer une armée de métier à la Garde nationale, moins nombreuse, mal équipée, mal commandée.
Au cœur de ce chaos, profitant de la désorganisation, des jeunes filles sont enlevées pour servir de modèle à des photos pornographiques qui seront vendues à des amateurs. Antoine Roques, relieur nommé inspecteur, tente de faire ce pourquoi il a été nommé : poursuivre les criminels.
Cette intrigue policière sert de prétexte à Hervé LE CORRE pour écrire une grande fresque historique qu’il nous fait vivre en suivant les pas de trois héros, trois soldats de la garde nationale : le sergent Nicolas LE BELLEC, LE ROUGE, colosse aux cheveux roux et ADRIEN apprenti boucher.
Sous les bombardements et les incendies qui détruisent peu à peu la ville, défendant rue après rue derrière des barricades inefficaces, ils vont résister tout en sachant leur défaite inéluctable.

De nombreux personnages lumineux vont leur venir en aide car la fraternité domine chez ces insurgés.
La force de ce roman tient au fait que le lecteur est réellement plongé au sein de la bataille dans un cauchemar d’où seuls quelques-uns survivront.